Détente sur les hauteurs de Staloluokta


Posté le 22 mars, dans Trek. Pas de commentaires

Après cinq jours de marche seuls au milieu de la toundra, nous découvrons Staloluokta sorte d’avant-poste marchand au coeur de la Laponie. Que les plus solitaires se rassurent : la densité de population reste extrêmement faible…

Sur les hauteurs de Staloluokta – Aujourd’hui, ça a été la vraie journée de vacances, sous le signe du repos et de la visite touristique. Mais avant d’en arriver à la partie plaisante du voyage, il faut d’abord raconter comment la nuit dernière s’est terminée !
Étonnamment bien. Pendant toute la nuit, le vent a essayé d’arracher la tente, mais sans succès. A l’intérieur, je ne faisais pas le malin ! Entre ça et la luminosité nordique1, j’ai encore passé une nuit découpée.

Au petit déjeuner une famille de rennes, 3 adultes et 2 petits sont venus nous rendre visite à à peine 10m de nous. Ils sont rigolos avec leurs grosses têtes et leur manière d’écarter les pattes arrière, comme Bambi, pour faire pipi !

L’étape du jour s’est faite sans accroc, nous avons rejoint Staloluokta situé à 10km de notre précédent camp de fortune. Je ne m’étais pas trompé au niveau de la situation géographique : environ 1km après notre bivouac un panneau confirmait ce que j’affirmais hier. En moins d’une heure nous avons atteint un point d’eau et avons pu reconstituer nos réserves qui étaient complètement épuisée… Il était temps car le ciel restait toujours aussi menaçant.

Un peu avant la mi-journée, j’ai proposé un chemin alternatif que Céline a refusé. Sur le coup, ça m’a bien gavé, surtout qu’après on s’est perdu et il nous a fallu rebrousser chemin droit à travers un marais ! J’ai pas mal ressassé cette mésaventure mais ce n’est pas un bon état d’esprit et cela pourrait gâcher le reste du voyage2. Avec la fatigue et la peur de la veille, j’étais à bout et il faut bien l’avouer, ça aide pas à garder la tête froide et la pensée positive. L’essentiel est que c’est passé ! J’expliquerais comment un peu plus bas.

Au niveau des paysages, aujourd’hui, c’était plutôt dans le style méditerranéen avec des espèces de buissons de lauriers assez bas et à la feuille verte-bleue typique de la flore alpine. Il y avait aussi les classiques marais3qui doivent être la norme ici en Laponie.

La partie vraiment « funky » de la journée, c’est l’arrivée à Staloluokta4. Pour faire partir la fatigue, on avait décidé de visiter un peu, déçu de ne pas avoir pu profiter de la vue sur l’immense lac (qui fait clairement penser à un bord de mer) par temps ensoleillé. Car oui, à notre arrivée sur Stalo, le temps était pas beau! On est d’abord parti à la recherche de LA boutique de Staloluokta mais la pluie a mis fin à nos envies d’exploration et de shopping. Nous avons filé retrouver nos sacs restés plus haut et nous nous sommes invités dans la salle commune du refuge, sans en payer l’entrée… et avons pris nos aises. La tenue de rigueur était sans chaussures de rando, je me suis même permis de tomber les chaussettes… le pied ! On s’est explosé le bide, une véritable orgie de pates, bien cuites car le gaz n’était pas compté ( !). Comme il faisait chaud, qu’on était assis et que l’on avait bien mangé, nous sommes restés un petit moment ; pas loin de deux heures, il me semble. J’en ai profité pour envoyer un mail à mon frère, depuis un poste internet mis à la disposition des randonneurs par un thésard de Lulea. L’objectif de sa manip était de tester l’impact des réseaux « tolérants » au délai (« try delay tolerant network » qu’il disait). Je ne me suis pas fait prier ! J’ai écrit que tout allait bien et que Décathlon et leur matelas de sol pourri, déjà crevé, entendraient parler de moi à mon retour5!


Après le repas et « l’internet tolérant au retard », je suis allé visiter la chapelle sami. C’était simplement magique6. Une petite cabane tout en bois, construite par juxtaposition de petits rondins. De part et d’autres de cette petite salle, des végétaux séchés donnaient à cette pièce un parfum à la fois puissant et apaisant. Cela faisait penser à l’odeur de l’eucalyptus mais je n’en mettrai pas ma main à couper. Cette scène était d’autant plus magique qu’il fallait tourner une énorme clé, enclenchant un mécanisme au poids perceptible, pour pouvoir entrer dans ce « sanctuaire ». Et c’est vraiment le bon terme !

Dans un registre plus superficiel, je suis allé à la boutique tenu par un sami. Je lui acheté 2 cartes postales aussitôt envoyée depuis Staloluokta, du pain lapon (qui fait penser au pain turc) et de la viande de renne séchée, histoire de varier mon apport en protéines. C’est pas mauvais du tout le renne séché. C’est assez fort, un peu dans le même genre que le magret de canard séché, aussi bien du point de vue du goût que de la consistance. Je réessaierai demain. Quant au pain, ce n’est ni plus ni moins qu’une galette plate et molle, faite avec de la farine et très légèrement pétrie.

Cet après-midi à Stalo m’a vraiment fait du bien. C’était un contact avec la « civilisation » dans cet avant-poste au milieu de presque rien. Ce contact furtif nous a permis de mettre en perspective l’isolement ressenti durant ces 5 jours, seuls sur la piste. Je n’aurais jamais pensé que je pourrai considérer un groupe d’une vingtaine d’individu comme une foule ! J’ai profité de plaisirs et de conforts simples cet après-midi : une chaise, des pieds nus, l’envoi d’une carte à mes proches, la vaisselle dans un évier sans eau-courante, etc…
C’est donc chargé à bloc et avec une légère amertume que j’ai quitté cette petite « ville » du Padjelanta. Mais on s’en est pas beaucoup éloigné vu qu’on est parti dormir à moins de 30 minutes de là, sur les hauteurs, avec une très belle vue du lac/mer intérieur.


Ce soir, sans m’en rendre compte, j’ai monté ma tente dans une pente, je vais donc expérimenter le dodo les pieds plus bas et la tête dans le courant d’air. On verra bien demain ; de toute manières, j’ai trop la flemme de démonter et dormir les pieds surélevés m’engourdi les jambes… Je sais, on dirait un vieux !
C’est décidé, je recommencerai un voyage de ce type. Seul mais aussi avec des vrais amis.

J’oubliais ! A Staloluokta, il y avait une balance, j’ai pu peser mon sac qui fait… ses 25 kilos ! (dont 2 L d’eau). Je comprends mieux mes douleurs aux épaules et mes brulures sur la peau.

  1. Ben oui, quand la tempête gronde, on évite de passer un masque ! []
  2. Malgré cela, j’ai continué à ressasser encore quelques jours… []
  3. Rétrospectivement, je me demande s’il ne s’agissait pas de tourbières… si quelqu’un a des connaissances sur le sujet, je suis preneur []
  4. « Stalo » pour les intimes []
  5. Finalement Décathlon n’a pas entendu parler de moi. Mais je les ai définitivement quitter pour aller chez des concurrent : Therm-a-rest pour leur merveilleux prolite plus. []
  6. Pour le moment, ça reste mon expérience « mystique » la plus intense. []

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